Luc Ferry et Claude Capelier , La plus belle histoire de la philosophie

Ferry_capelierLuc Ferry et Claude Capelier, La plus belle histoire de la philosophie, Robert Lafont, Paris, 2014, ISBN : 2-221-13121-5, 456 pages, € 21,50 édité aussi en version Poche, en 2015, € 8,10.

Luc Ferry, est bien connu : philosophe, ancien ministre de l’Éducation nationale, est l’auteur de nombreux ouvrages, et sans doute l’un des meilleurs pédagogues en matière de philosophie. Claude Capelier qui, dans cet ouvrage, lui pose les questions, est né en 1947 à Paris. Il est agrégé de philosophie, ancien membre du Conseil national des programmes, et conseiller scientifique du Conseil d’analyse de la société.

Comment se sont forgées les idées qui sous-tendent la pensée contemporaine, marquent la politique, notre façon de vivre ? Comment en est-on arrivé à les élaborer ? Pourquoi ? C’est à autant de questions que répond Luc Ferry par cette brillante histoire de la philosophie. Il le fait avec limpidité, clarté et une grande maîtrise du sujet. Il arrive à en dégager les grands axes, sans se perdre dans les détails, tout en étant assez précis, avec parfois des détails concrets qui aident à bien saisir les enjeux des problèmes présentés. Il donne ainsi au lecteur un instrument précieux pour s’y retrouver dans ce labyrinthe des philosophes et de leurs idées.

Il divise l’histoire de la philosophie en cinq grandes périodes :

  1. la période grecque qui voit le monde comme un corps où chacun des membres (les hommes comme les dieux) ont leur place assignée. La sagesse consiste à trouver et à garder sa place assignée par le destin. (Hésiode, Platon Aristote) ;
  2. la période chrétienne qui a libéré les individus des lois, aussi bien cosmiques que religieuses, et rendu possible l’avènement de la personne libérée par Dieu du destin implacable. Ferry emprunte à Hegel une très intéressante analyse du sermon sur la Montagne qui montre que Jésus libère l’homme du carcan du légalisme pour accomplir la loi par l’esprit. (Jésus, Augustin, Thomas d’Aquin) ;
  3. l’époque des « Lumières », dont il voit un précurseur dans l’humanisme de Pic de la Mirandole (1463-1494), où l’homme, faisant table rase de tout (Descartes), s’affranchit de Dieu et se met au centre avec sa raison pour expliquer le monde et l’histoire par une succession de causes produisant leurs effets (Kant, Hegel, Marx). Le problème est que, les mêmes causes ayant les mêmes effets, on en arrive logiquement à un monde prédéterminé et délétère (le communisme en est un aboutissement – gare à ceux qui ne marchent pas dans le sens de l’histoire telle qu’elle a été comprise par la
    science historique

    ).
  4. l’époque de la déconstruction : avec Schopenhauer et Nietzsche, viennent les philosophes du soupçon qui contestent la valeur de la raison : « Il n’y a pas de faits, que des interprétations » (Nietzsche). Il faut détruire toutes les idoles qu’on s’est fabriquées pour se rassurer en expliquant le monde (elles sont des illusions). Il faut vivre pour vivre, apprendre à être réconcilié avec tout ce qui existe, donc avec le réel, sans le déguiser. Mais, poussé à son paroxysme, cela voudrait dire accepter le mal, les bourreaux, puisqu’ils existent !! De plus, la conséquence de cette approche est que, puisqu’il ne faut pas de sens aux choses, les choses tournent d’elles-mêmes sans but ; l’économie produit pour produire, au risque de polluer la terre ; la science recherche pour rechercher et est devenue capable de détruire l’humanité…
  5. l’époque de l’amour. Luc Ferry voit dans notre époque où, avec l’écologie, on commence à se préoccuper de vouloir laisser à nos enfants un monde vivable, l’émergence d’un monde marqué par l’amour du prochain.

Je ne prétends pas être un bon connaisseur de la philosophie, mais j’ai trouvé ce livre très utile pour nous repérer dans l’histoire de la pensée philosophique. Il sera utile au théologien professionnel ou amateur qui doit connaître ses présupposés conscients ou inconscients lorsqu’il lit et interprète la Bible. L’auteur présente avec sympathie les philosophes et les courants de pensée qu’ils incarnent, en montrant leurs points forts, mais aussi avec suffisamment de lucidité pour nous en faire percevoir les failles.

Une remarque cependant : si son analyse des quatre première périodes est pour moi éclairante, je reste perplexe face à sa présentation de la cinquième qui n’en est d’ailleurs qu’à ses débuts. Est-ce que c’est réellement l’amour qui émerge dans le souci, encore balbutiant, pour les générations futures ? Est-ce que vouloir tout ramener à l’homme et à sa raison, en évacuant Dieu, ne conduit-il pas à une impasse ? La raison permet-elle définitivement d’évacuer Dieu ? L’homme n’a-t-il pas d’autre moyens de le connaître ?

Alain Décoppet

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