Hannes Wiher , L’évangélisation en Europe francophone et Jean-Paul Rempp , dir., Évangéliser, témoigner, s’engager

evangeliser--temoigner--s-engager--les-documents-de-reference-du-mouvement-de-lausanne.jpgHannes Wiher , L’évangélisation en Europe francophone. Charols : Excelsis, 2016. 350p. ISBN : 978-2-7550-0294-2 – € 22.–

Jean-Paul Rempp , dir., Évangéliser, témoigner, s’engager. Collection « Bibliothèque du Mouvement de Lausanne ». Charols : Excelsis, 2017. 302p. ISBN : 978-2-7550-0248-5 – € 13.–

Parmi les livres qui ont été publiés plus récemment sur le sujet de l’évangélisation, deux titres méritent tout particulièrement notre attention. Nous devons un premier ouvrage au Réseau de missiologie évangélique pour l’Europe francophone et à un ensemble de huit auteurs sous la direction de Hannes Wiher. Son étude de la situation complexe de l’Europe du XXIème siècle a pour objectifs une prise de conscience de sa spécificité ainsi qu’une réflexion théologique sur les défis auxquels fait face le témoignage chrétien dans le contexte européen. Une telle analyse revêt toute son importance quand on considère que l’accent placé par les Églises évangéliques sur les stratégies missionnaires et l’implantation d’églises nouvelles a souvent fait abstraction d’une analyse adéquate de la société européenne, et cela pour une bonne (!) raison, c’est que le chrétien évangélique moyen se pose plutôt des questions présumées d’intérêt « national » plutôt qu’ « européen ».

WiherIntégrant pour beaucoup des données sociologiques dans les réponses proposées, les questions élémentaires traitées sont du type : Qu’est-ce que l’Europe aujourd’hui ? Que croient (ou ne croient plus) les Européens et comment s’explique leur comportement vis-à-vis du message de l’Évangile ? Comment les chrétiens européens se situent-ils dans une société sécularisée et post-religieuse ? Dans quelle mesure l’Europe est-elle à la fois « postchrétienne » et « chrétienne » ? Quelles voies d’accès à l’Évangile peuvent/doivent envisager les Églises chrétiennes dans ces cas de figure ? Dans ce contexte, une réflexion intéressante est proposée tout particulièrement sur la vie du chrétien, la vie communautaire des chrétiens et la soif de liberté de nos contemporains.

On nous rappelle à juste titre que l’Europe se présente comme une mosaïque de visions du monde et de cultures (voire de sous-cultures) qu’on ne peut appréhender sans une approche interdisciplinaire (biblique, historique, psychologique, sociologique et anthropologique) dans laquelle théologie et sciences humaines apprennent à se côtoyer. La réalité grandissante des Églises issues de l’immigration ont définitivement balayé le mythe d’un modèle universaliste de type monoculturel. Aspirer à l’unité chrétienne ne pourra donc s’envisager sans comprendre les implications de la diversité… même si le caractère multiculturel ou interculturel de ces Églises ethniques ne va pas toujours de soi.

Si la deuxième partie du livre nous offre quelques considérations bibliques utiles sur l’évangélisation en général, il semblerait qu’avec les modèles proposés on finit par perdre quelque peu de vue la spécificité du contexte européen pour se concentrer sur une réflexion plus globale sur le rapport Évangile et culture. On notera que si le rôle des Églises de migrants dans l’évangélisation de l’Europe est souligné, on s’étonnera de l’absence de tout développement véritable sur la place des mouvements pentecôtistes et charismatiques en Europe francophone. Il y a bien une mention furtive des charismatiques catholiques et même un chapitre entier consacré à la démonologie. Une des explications se trouve sans doute dans le fait que dans le monde francophone européen, il existe une tendance à faire certains amalgames qui a fini par incorporer (pour l’essentiel) le pentecôtisme au sein du monde évangélique. Par ailleurs, on ne parle plus guère de pentecôtistes catholiques. Conforme à cette lecture réductrice, on ne semble pas non plus faire grand cas du fait que les Églises issues de l’immigration sont majoritairement issues de ce même pentecôtisme ou renouveau de l’Esprit. Une telle réflexion aurait pu bénéficier d’une analyse pertinente sur la théologie de l’Esprit, voire une théologie de l’expérience qui y est associée.

Dans un tout autre registre se situe l’ouvrage paru sous la direction de Jean-Paul Rempp. Celui-ci rend un énorme service au lecteur en réunissant en un seul volume tous les documents de référence du Mouvement de Lausanne. On y trouve bien entendu la Déclaration de Lausanne (avec texte intégral et guide d’étude), document fondateur datant de 1974, mais aussi le Manifeste de Manille (1989), ainsi qu’une version d’étude de l’Engagement du Cap (2010). Les trois congrès de Lausanne pour l’évangélisation du monde sont le fruit de divers processus d’écoute et de groupes de travail aux quatre coins du globe. Par-delà l’énoncé évangélique de convictions bibliques, on y trouvera un appel à l’action ayant pour but de susciter initiatives et partenariats sachant traduire une théologie de la mission qui est partagée (tout particulièrement, mais certes pas exclusivement) par le monde évangélique.

Raymond Pfister

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