Christophe Paya, Nicole Deheuvels – Famille et conjugalité

Famille_conjugaliteChristophe Paya, Nicole Deheuvels Famille et conjugalité – regards chrétiens interdisciplinaires – Éditions Excelsis, La Cause, 2016 – Coll. OR (Ouvrages de Référence) – EAN 9782755002812 – 544 pages – CHF 43,29 ou € 39.–

Nicole Deheuvels est pasteure, conseillère conjugale et familiale, directrice du département Solos/Duos à la Fondation La Cause, formatrice à l’École des Parents et des Éducateurs. Christophe Paya est professeur de théologie pratique à la Faculté libre de théologie évangélique (Vaux-sur-Seine).

L’ouvrage que nous examinons aujourd’hui est une sorte de dictionnaire sur la famille et la conjugalité. Après avoir posé les bases théologiques du sujet, il aborde une cinquantaine de thèmes actuels tout en maintenant le lien avec l’enseignement biblique. Conseillers conjugaux, thérapeutes, formateurs, enseignants, psychologues et psychanalystes, pasteurs, formateur en médias et communication, juristes, animatrice jeunesse, chercheurs, au total, pas moins de 42 auteurs de professions diverses pour étayer et analyser les thèmes de cet ouvrage.

La thèse centrale de cet ouvrage pourrait se résumer ainsi : l’union Homme-Femme et la constitution d’une famille qui en découle est indissociable de la vision biblique Christ-Église. Paul parle même du mystère de cette comparaison (Ép 5,32). Toute réflexion sur la famille et la conjugalité prend en compte notre nouvelle nature en Christ et ses plans pour nous, selon Ep 2,10.

Notre analyse se décomposera en trois parties :

1. Historique biblique

Les auteurs nous font découvrir que, dans l’Ancien Testament, la Bible nous parle de la famille, mais que cette dernière ne possède pas sa forme définitive telle que désirée par Dieu : polygamie, esclavage et patriarcat… L’épouse, malgré des avantages prévus par les rites de l’époque, quitte sa famille pour être tout de même assujettie à son mari. Or, la vision de Dieu pour le couple est quasi l’inverse. En effet, dès la Genèse, « l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair » (Ge 2,24). « Le couple est une réalité qui ne se réduit pas au cadre socioéconomique dans lequel il s’inscrit. C’est un lien autrement plus fort et plus profond qui unit les deux êtres qui le composent au point de n’en former plus qu’un » (p. 18).

Le livre des Proverbes fait étonnamment abstraction de la culture de l’époque et constitue un écrit remarquablement moderne. Il initie non plus seulement l’apparition de la valeur féminine sous la forme de témoignages anecdotiques, mais, au travers d’une reconnaissance officielle de la femme en qualité d’être unique, il valide sa valeur indispensable au sein de la famille.

Dans le Nouveau Testament, les 3 x 14 générations de la généalogie de Jésus (Mt 1,1-17) laissent percevoir la fragilité de la famille : il y a certes perpétuation des générations, mais le lien ne tient qu’à un fil en raison de situations familiales loin d’être claires et cohérentes. C’est peut-être justement au travers de ces faiblesses familiales, tout humaines, que l’Esprit trouve l’espace pour intervenir et conduire les plans de Dieu. Ces faiblesses démontrent également que le destin de l’enfant n’est pas entre les mains de ses parents. L’exemple de Jésus est remarquable : dès qu’il a 12 ans, ses parents sont dépassés par les événements, mais, par la foi, ils font confiance à Dieu, afin de mener à bien les projets divins. Au début de son ministère, Jésus fait découvrir une nouvelle dimension à la famille. La cellule traditionnelle va changer de statut, pour être relativisée par le Royaume. J’en veux pour preuve cette parole : « Qui est ma mère ? » (Mt 12,48) ; et Jésus de s’adresser à Dieu comme à un père et d’enseigner à ses disciples à en faire autant. Le Royaume qu’il annonce fait de tous ses adhérents, après qu’ils aient passé par une « nouvelle naissance », des membres de la famille céleste, des enfants de Dieu. Les anciens liens et positionnements sociaux sont caducs. Jésus offre à la femme et aux enfants un statut nouveau, en contradiction avec les mœurs de l’époque.

Pour terminer ce panorama historique de la Bible, les auteurs abordent la famille telle qu’elle apparaît dans les Épîtres : « la famille reste un lieu où la foi est appelée à se concrétiser et à s’affermir » (p. 32). Paul en particulier va développer des exemples pratiques de sa compréhension de la volonté divine, telle que transmise par Jésus. Dans le mariage, le mari et la femme sont placés fondamentalement sur pied d’égalité, tout en exerçant des responsabilités et obligations particulières dans le cadre d’une structure d’autorité voulue de Dieu. Dans son ministère et ses épîtres, Paul se trouve confronté à tous les aspects de la vie conjugale : mixité des couples, célibat, divorce, veuvage, infidélité, etc. Il répond aux questions ou constate des pratiques qu’il remet en cause. Des paroles difficiles (soumission de la femme à son mari) sont immédiatement placées dans un contexte spirituel (Christ et Église) et interdisent toute notion de subordination ou de servilité. D’autres paroles (femmes devant se couvrir la tête lors du culte) doivent être adaptées aujourd’hui, car le contexte socioculturel est différent. En effet, à l’époque de Paul, une femme qui se découvrait la tête en public, laissait entendre par là qu’elle était ouverte aux propositions des hommes en matière de séduction.

Les enfants ne sont pas en reste. Ils sont aimés de Jésus et protégés par les apôtres qui exhortent les parents à ne pas les irriter, mais à les « élever dans l’instruction et l’exhortation du Seigneur ». Les privilèges et pouvoirs parfois abusifs des parents sont sèchement remis en question. En conclusion, les apôtres ont utilisé la famille élargie comme terrain d’évangélisation et d’enseignement, renversant comme Jésus, des habitudes, « non pour abolir mais pour accomplir ».

2. Du temps de la Bible à aujourd’hui

Fort du point de vue biblique présenté ci-dessus, les auteurs abordent ensuite l’évolution de « la famille et de la conjugalité » au cours des deux millénaires du Christianisme en se focalisant principalement sur la situation européenne, voire française.

A l’époque du Nouveau Testament, le rôle premier du mariage est de donner un cadre à la procréation, sans qu’il ne soit marqué par une cérémonie religieuse – du moins celle-ci n’est pas documentée historiquement. Il faut attendre saint Augustin pour voir apparaître un contrat conjugal lié à un sacrement, alors que hors Église, le mariage est toujours un objet de transactions familiales ou politiques. Napoléon va subordonner le mariage religieux au mariage civil : désormais, les époux devront être préalablement munis d’un acte écrit officiel, pour pouvoir célébrer un mariage religieux.

Le XX e siècle sera le théâtre de bouleversements radicaux qui vont fortement changer la conception de la famille : guerres mondiales (avec absence des pères), remise en question du rôle et de la place de l’Église (Vatican II) et de la société (de mai 68 à aujourd’hui).

Les auteurs vont aborder cette évolution sous différents aspects : droit de la famille, mariage comme projet de vie, rapports femmes-hommes, principalement ces cent dernières années et sous des angles les plus divers (célibat, homosexualité, féminisme, adoption, interculturalité).

3. Avis personnel sur l’ouvrage

Ce dictionnaire de plus de 500 pages se lit facilement, car les sujets sont suffisamment bien classés pour s’y retrouver : bibliographie importante, index alphabétique par sujet. Si je conseille la lecture préalable de la partie historique biblique, l’ouvrage permet l’étude d’un thème sans connaître le chapitre précédent. Il nous interpelle par le biais de 19 défis actuels : des écrans à l’argent, de la fidélité à l’accompagnement spirituel des adolescents, l’intergénérationnel, la communication, les relations avec l’école.

Bien qu’applicable à la plupart des pays occidentaux – il reçoit de son ancrage biblique une dimension universelle – l’ouvrage prend principalement appui sur la société française, ce qui est regrettable. L’apport anthropologique d’une vie familiale africaine, asiatique ou sud-américaine, même non chrétienne, aurait pu également stimuler des recherches d’harmonie au sein de la vie familiale ou conjugale occidentales.

Raymond Henchoz

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