Miroslav Volf, Foi chrétienne et sphère publique

Miroslav Volf, Foi chrétienne et sphère publique, Nîmes 2017, Éditions VIDA, ISBN 9782847002911 – 175 pages – € 14, 95.

Malheureusement encore très peu connu du monde francophone, car jamais traduit en français jusqu’alors, le professeur Miroslav Volf (d’origine croate et d’arrière-plan pentecôtiste) est pourtant une figure incontournable de la théologie contemporaine. Disciple de Jürgen Moltmann, il occupe depuis 1998 une chaire de théologie systématique à l’université américaine de Yale où il est aussi directeur fondateur du centre d’études Foi et Culture (« Yale Center for Faith and Culture »). Celui-ci a pour mission d’examiner avec un œil critique les pratiques religieuses afin de promouvoir celles qui participent à l’épanouissement authentique de l’être humain et au bien commun dans le monde. Volf considère en effet que la foi est un mode de vie et que la théologie en est l’articulation.

Miroslov Volf plaide pour un pluralisme religieux et politique qui s’inspire de la règle d’or : « Tout ce que vous voudriez que les hommes fassent pour vous, vous aussi, faites-le de même pour eux » (Mt 7, 12). Il dénonce le danger d’un totalitarisme religieux qui souhaiterait imposer le diktat d’une religion dominante tout comme celui d’un sécularisme laïciste qui chercherait à exclure le religieux de la sphère publique. L’alternative qu’il propose se veut fidèle aux convictions chrétiennes.

Pour Volf, il s’agit tout d’abord de dénoncer et remédier aux différents types de dysfonctionnements que rencontre la foi chrétienne dans le monde moderne. Le caractère prophétique de la foi chrétienne le fait distinguer entre les problèmes liés à la rencontre avec Dieu (la « montée » vers le divin) et ceux liés à l’interaction avec le monde (le « retour » vers l’humain). Il distingue entre une foi atrophiée qui n’est pas réellement agissante dans ce monde – ce qu’il qualifie de « foi oisive » – et une foi tyrannique et oppressive qui nuit au bien commun – ce qu’il appelle une « foi coercitive ».

Pour l’auteur, la relation du chrétien à la culture s’articule ainsi autour de six points (pages 12 à 14) :

1. Christ est venu dans ce monde pour tous les hommes. La foi chrétienne a pour vocation d’être une foi active et agissante dans toutes les sphères de la vie, qui cherche à guérir le monde. Elle ne peut être ni oisive ni inopérante.

2. En annonçant le Royaume de Dieu, Christ est porteur d’un message de grâce qui ne cherche pas à s’imposer par la contrainte.

3. Suivre le Christ signifie prendre soin de son prochain et œuvrer en vue de son épanouissement.

4. Le chrétien doit adopter une position nuancée dans ce monde qui a été créé par Dieu. Il ne s’agit ni de tout accepter, ni de tout rejeter d’une culture en constante évolution, mais plutôt de s’adapter, voire de la transformer.

5. En tant que témoin du Christ, il s’agit d’incarner la vision de la vie par excellence qui nous est donnée par Dieu en partage, et non pas de l’imposer aux autres.

6. Christ ne s’étant pas fait l’avocat d’un modèle politique unique et exclusif, la foi chrétienne est tout à fait compatible avec le contexte pluraliste de nos sociétés. En tant que chrétien, on peut donc avoir de fortes convictions tout en étant disposé à accorder aux autres communautés religieuses les mêmes libertés religieuses et politiques que celles qu’on revendique pour soi-même.

Pour vivre dans ce monde la foi chrétienne de façon authentique, nous faut-il donc comprendre la foi comme devant être ni peu pertinente, ni impertinente ? Pour le professeur Volf en tout cas, seule une réponse positive est envisageable.

Raymond Pfister

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