Cardinal Walter Kasper, La Miséricorde : Notion fondamentale de l’Évangile

Cardinal Walter Kasper, La Miséricorde : Notion fondamentale de l’Évangile, Clé de la vie chrétienne, – 4 e édition, Collection « Theologia » 5 – Nouan-le-Fuzelier 2015, Éditions des Béatitudes – ISBN 9782840248187 – 214 pages – € 20, 00.

Cet ouvrage traduit de l’allemand en est à sa quatrième édition. Il est probablement passé inaperçu chez nombre de pasteurs et chrétiens évangéliques qui n’ont pas pour habitude de consulter des auteurs catholiques pour aiguiser leur réflexion biblique et théologique sur les valeurs évangéliques qu’ils défendent. En reprenant un cycle de conférences, le cardinal allemand Walter Kasper, président émérite du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, rend un grand service à ses lecteurs en évoquant en neuf chapitres « un thème d’actualité, malheureusement tombé dans l’oubli » (p. 9), celui de l’appel de Dieu à exercer la miséricorde face à la souffrance et l’injustice de ce monde.

Dans le Sermon sur la montagne, Jésus a beau déclarer bienheureux les miséricordieux (Mt 5, 7), le message de la miséricorde divine ne semble pas avoir eu l’impact souhaitable et nécessaire chez les chrétiens qui leur permettrait de contribuer de manière significative à « la construction d’une société plus juste, plus humaine et plus miséricordieuse » (p. 133). Devant le constat d’un tel déficit, l’auteur entame une réflexion systématique qui se veut bien plus qu’un simple exercice académique. Il souhaite reposer les jalons d’une spiritualité favorisant une vie renouvelée de l’Église.

Le lecteur moins habitué à des considérations d’ordre philosophique (chapitre 2) se tournera sans doute plus volontiers vers les chapitres 3 et 4 qui posent le fondement du message biblique dans les deux testaments. Partie intégrante de la révélation de Dieu et donc de l’histoire du salut, la notion de miséricorde divine met autant en lumière le mal et le désespoir inhérents à la condition humaine que le remède de l’espérance manifesté ultimement dans le Christ, sa personne et son œuvre.

Les réflexions systématiques qui suivent (chapitres 5 et 6) examinent les implications d’une miséricorde conçue comme « attribut fondamental de Dieu » pour notre compréhension de la toute-puissance de Dieu et de sa justice, mais aussi pour notre expérience de l’œuvre du salut dont nous sommes les bénéficiaires. Pour le Cardinal Kasper, être disciple de Jésus et témoin du Christ signifie devenir témoin de la miséricorde de Dieu en faisant preuve d’une miséricorde humaine et donc d’ « œuvres de miséricorde » concrètes dont l’aboutissement ne saurait cependant être un humanisme sans Dieu.

Là où le monde évangélique a quelquefois tendance à souscrire à une lecture très personnelle de l’Évangile (à chacun son salut !), il est des plus utiles de reconsidérer les implications essentielles de l’expérience de la miséricorde, non seulement pour l’individu, mais aussi pour la pratique ecclésiale, c’est-à-dire pour la nature et la mission de l’Église (chapitre 7) en tant que communauté de foi et société nouvelle. L’auteur n’oublie pas d’aborder les questions sociétales quand il examine la dimension politique de la miséricorde (chapitre 8).

C’est probablement le contenu du dernier chapitre du livre sur « Marie, mère de miséricorde » qui sera le moins familier à une théologie protestante et évangélique de l’Écriture, généralement peu consciente de son enracinement dans la foi et la conscience des traditions catholique et orthodoxe.

Raymond Pfister

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