Antony Perrot(sous dir.), Les manuscrits de la mer Morte

Antony Perrot(sous dir.), Les manuscrits de la mer Morte au lendemain de leur 70 e anniversaire – Saint-Légier 2019, Éditeur HET-PRO – ISBN 9782940650002 – 222 pages – CHF 30, 00 ou € 29, 80.

Ce livre rassemble la majorité des contributions apportées lors le la journée d’étude, organisée le 21 mars 2018, à la HEΤ-PRO, pour marquer les 70 ans de la découverte des manuscrits de la mer Morte. Antony Perrot, qui organisa cette journée, a aussi dirigé la publication de ces articles. Notons que leur texte est généralement plus développé que leur présentation à la HET-PRO et sont suivis d’une bibliographie qui permet d’aller plus loin ; des photos ou des reproductions de manuscrits aident à suivre les exposés. En revanche, l’intéressante contribution de Michaël Langlois sur l’authenticité de manuscrits de la mer Morte n’a pas été mise par écrit, ni les discussions de la table ronde finale.

Le premier article, deDennis Mizzi, de l’Université de Malte, présente l’histoire et la situation du site de Qumrân. Il discute ensuite des questions qui font débat : Les manuscrits ont-ils été produits à Qumrân ou déposés là par des gens venus d’ailleurs ? les habitants du site étaient-ils Esséniens ? L’auteur répond affirmativement à cette dernière question : la thèse traditionnelle lui semble avoir bien résisté.

Antony Perrot, qui a rédigé une thèse de doctorat à l’EPHE, sur des manuscrits opisthographes (écrits recto-verso) retrouvés à Qumrân, propose ensuite un article sur la matérialité de ces manuscrits : il présente les divers supports sur lesquels ils ont été écrits, les ancres, les types d’écritures et les mains, écritures propres à chaque scribe. Tout cela aide les chercheurs à déchiffrer ces textes qui nous sont parvenus sous la forme d’une multitude de fragments qui doivent être remis ensemble comme un puzzle. Cet article orientera utilement celui qui veut lire ces textes soit dans une traduction française qu’on peut se procurer sur le marché, soit qui veut déchiffrer les originaux, accessibles aujourd’hui en haute définition, sur internet.

Damien Labadie, l’auteur de l’article suivant, est docteur de l’EPHE, a réalisé la traduction de l’Écrit de Damas (CD) dans le volume 3a de la Bibliothèque de Qumrân (Éd. du Cerf). Il a présenté cet écrit connu dès le 19e siècle par des manuscrits trouvés dans la Geniza du Caire. Mais la découvertes de nombreux fragments du CD à Qumrân a conduit les spécialistes à se demander s’il avait une relation avec les Esséniens. Labadie, en comparant le CD avec la Règle de Qumrân et ce qu’écrit Flavius Josèphe sur les Esséniens, arrive à la conclusion qu’il y a bien une parenté entre eux. La communauté de Qumrân formait certes un groupe un peu particulier, mais cependant bien marqué par les caractéristiques générales des Esséniens.

Innocent Himbaza, Professeur d’AT à Fribourg, un spécialiste de la critique textuelle qui prépare l’édition du texte du Lévitique pour la Biblia Hebraica Quinta, fait le point sur les questions que les découvertes de Qumrân posent à propos du Canon et du texte de l’AT. Les manuscrits retrouvés appartiennent autant aux livres du canon juif/protestant actuel, qu’aux livres deutérocanoniques catholiques ou orthodoxes ou aux pseudépigraphes. Ils témoignent qu’aucun canon de l’AT n’était fixé à cette époque. De plus, on a retrouvé un texte hébreu de Jérémie d’env. 16 % plus court que le textes massorétique (on ne le connaissait auparavant que par la traduction grecque des Septante). Quel texte faut-il reconnaître comme canonique ? Du grain à moudre pour ceux qui ont une position dogmatique simpliste et tranchée sur la question du canon de l’Ancien Testament !

James Morgan, professeur de NT à la HET-PRO et lecteur à l’Université de Fribourg fait le point sur les apports des découvertes de Qumrân pour l’étude du NT. La mise en parallèle des communautés de Qumrân et de Jésus montre qu’elles avaient certes des différences : Qumrân cherchait à se garder dans la pureté, tandis que l’Église allait vers les exclus ; mais toutes deux se pensaient être la communauté d’une nouvelle alliance, à la fin des temps, donnaient la même importance à l’AT, avaient des manières communes de l’interpréter ( Pesher ) et croyaient à un Messie divin : à ce sujet, Morgan renvoie à 11Q13 et à 4Q521 qu’il cite et analyse brièvement. Les découvertes de Qumrân donnent un ancrage juif à Jésus de Nazareth et à la communauté qui en est issue.

Alain Décoppet

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